20 septembre 2006

" L'IDEAL MODERNE " SELON THEODORE CHASSERIAU & CHARLES BAUDELAIRE (5)

 

 

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De la couleur

 

Rappelons brièvement, avant toute chose, que Baudelaire s’essaya également - en son temps - à la critique musicale ; il sera même l’auteur d’un Essai sur Richard Wagner : le coup de foudre musical fut aussi brutal que celui encaissé - dans un registre pictural -  pour Eugène Delacroix.

Baudelaire nous offre ainsi une définition musicale de la couleur, fort de ses principes de Correspondances : « Cette grande symphonie du jour, qu’est l’éternelle variation de la symphonie d’hier, cette succession de mélodies, où la variété sort toujours de l’infini, cet hymne compliqué s’appelle la couleur… », et Baudelaire de poursuivre : « La couleur est l’accord de deux tons, le ton chaud et le ton froid - dans l’opposition desquels consiste toute la théorie- ne peuvent se définir d’une manière absolue : ils n’existent que relativement… ».

Voyons à présent avec quelle maestria Chassériau s’exécute au travers de cette toile : rappelons-nous ce que nous avions observé des tons chaud et froid des robes rouge de la poupée et blanche - à base bleutée - de l’enfant ; Chassériau nous offre en fait, ici même, une double opposition croisée des tons chaud et froid : la robe rouge est portée par la poupée qui vient des pays de l’Est (le chaud qui vient du froid) tandis que la robe blanche est portée par cette enfant qui vient, comme lui, de St Domingue (le froid qui vient du chaud) ; ainsi, le chaud et le froid n’existent-ils que relativement !

Poursuivons cet éloge musical de la couleur avec Baudelaire : « l’harmonie est la base de la théorie des couleurs. La mélodie est l’unité dans la couleur, ou la couleur ; la mélodie veut une conclusion ; c’est un ensemble où tous les effets concourent à un effet général. Ainsi la mélodie laisse dans l’esprit un souvenir profond… ». Nous arrivons ici au point crucial de la mnémotechnie du beau si chère - une fois encore - à Baudelaire : « La bonne manière de savoir si un tableau est mélodieux est de le regarder d’assez loin pour n’en comprendre ni le sujet ni les lignes… s’il est mélodieux, il a déjà un sens, et il a déjà pris sa place dans le répertoire des souvenirs… » ; suivant cette même idée de mnémotechnie du beau, c’est toujours pour cette même raison que, de même que la nouvelle et le sonnet l’emportaient - à ses yeux - par leur laconisme sur le roman ou le long poème épique, de même l’image susceptible de ramasser la totalité de ses ressorts dans l’unité d’un tableau l’emportait sur le pur morceau de peinture ; la nouvelle et le sonnet avaient, pour Baudelaire, un effet d’autant plus puissant qu’ils reposaient sur des contraintes formelles fortes ; de même, l’image qui fera tableau sera - plus que toute autre - et en raison même des requêtes structurelles qui président à sa composition : l’image par excellence !

« la nouvelle plus resserrée, plus condensée, jouit des bénéfices éternels de la contrainte : son effet est plus dense ; et comme le temps consacré à la lecture d’une nouvelle est bien moindre que celui nécessaire à la digestion d’un roman, rien ne se perd de la totalité de l’effet ! »

Gageons que ce petit poème en prose intitulé L’enfant et la poupée, ce portrait-mélodie de la petite Laure Stéphanie et de sa poupée, laissera dans nos esprits le souvenir profond d’une image où les parfums, les couleurs et les sons se confondent ; gageons qu’il trouvera de surcroît - après ces trop longues années d’éclipse - sa véritable dimension d’icône du romantisme, là où l’alchimie picturale seule peut mettre en adéquation parfaite : modernité = beauté = féminité, comme une possible invitation au voyage et au bonheur.

 

Ainsi s’achève notre tâche qui était en fait triple :

- Corriger une erreur de jeunesse de Baudelaire qui étiqueta très subjectivement Chassériau de suiveur d’Ingres et de plagiat de Delacroix ; image qui lui colla à la peau toute son existence… jusqu’à nos jours, il y a peu encore,

- Réconcilier de façon virtuelle mais néanmoins clairvoyante le Napoléon de la peinture et  le Poète maudit sur leur principale source d’inspiration commune : la féminité,

- Et enfin, nous faire profiter de la découverte de ce portrait de jeunesse de Chassériau, pour lequel Baudelaire - s’il en avait eu connaissance en son temps, ce qui est fort peu vraisemblable (sauf peut-être à imaginer un relais exercé par l’œil de Théophile Gautier) - aurait pu être accusé (juste retour des choses) par le jeune Chassériau qui en fut l’auteur-compositeur de plagiat intellectuel !

Mais laissons - sans rancune - Baudelaire conclure cet essai :

«  Un bon tableau, fidèle et égal au rêve qui l’a enfanté, doit être produit comme un monde. De même que la création telle que nous la voyons est le résultat de plusieurs créations dont les précédentes sont toujours complétées par la suivante, ainsi un tableau, conduit harmoniquement consiste en une série de tableaux superposés, chaque nouvelle couche donnant au rêve plus de réalité et le faisant monter d’un degré vers la perfection » (mais ne croirait-on pas déjà voir à l’œuvre le plus grand de nos peintres contemporains ?... Pablo Picasso !)

 

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 L'Idéal moderne                 L'Idéal moderne
          selon                                  selon
 Charles Baudelaire              Théodore Chassériau

 

 

FIN de l'article

 

 

Article de Xavier de Harlay paru dans Art et poésie de Touraine n° 180 - Printemps 2005

 

 

Bibliographie :

 

 

Baudelaire critique d’art :

folio essais, Ed Gallimard, 2003

 

Baudelaire par Pascal Pia :

Ecrivains de toujours, Ed du Seuil, 1982

 

Baudelaire : Les Fleurs du mal :

Le livre de poche, Ed Librairie Générale de France, 1999

 

Léonard de Vinci artiste, inventeur et scientifique

par Maria Constantino, Ed PLM, 1994

 

 

 

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L'IDEAL MODERNE

selon

MinXa AiHawa

 

 

 

 

 

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