13 octobre 2006

THE KING'S HEAD - ou l'effigie du Roy - (1)

 
 

 

& Charles 1er.jpg

 

 

Petite enquête policière supra-temporelle

au pays de Sherlock Holmes

sur la disparition à Whithehall palace -London,

un certain 30 janvier 1649,

d'un portrait officiel en buste de Charles 1er ...

 

 

Charles 1er d'Angleterre, le  Roy-peintre

 

Charles 1er d’Angleterre -après des fiançailles rompues avec l’Infante Maria, soeur de Philippe IV, Roi d’Espagne- avait épousé, faute de mieux et alliance diplomatique oblige, Henriette Marie, dernière fille de Marie de Médicis et de feu Henri IV et donc propre sœur de Louis XIII  Le Juste , Roy de France. Si ce mariage du désespoir fut bel et bien arrangé au départ, il semblerait que la gaîté naturelle et la vivacité d’esprit à la française de sa très jeune épouse ait rapidement consolé puis finalement séduit le monarque anglais ; l’influence d’Henriette Marie sera dès lors nettement perceptible notamment sur le plan spirituel, mais également sur le plan artistique, voie pour laquelle Charles 1er présentait déjà dès son plus jeune âge de réelles prédispositions. Si Louis XIV, le Roy-Soleil fut aussi le Roy-danseur, Charles 1er fut, quant à lui, le Roy-peintre, même si ses médiocres talents de peintre ne restèrent pas à la postérité ; il n’en demeura pas moins, incontestablement, non seulement un amateur d’art éclairé et un collectionneur avisé (si l’on en juge l’inventaire de ses biens dressé par Abraham van der Doort qui, pour n’en citer que quelques uns, rapporte les noms prestigieux de Mantegna, Léonard de Vinci, Holbein, Dürer, Andrea del Sarto, Raphaël, Le Corrège, Titien, Le Tintoret, Brueghel, Véronèse, Le Caravage et Rembrandt) mais il fut également - avant toutes choses - un authentique mécène.

Sous son règne, nombre de peintres prestigieux se succédèrent à la Cour d’Angleterre ; certains n’y séjournèrent qu’un court moment tel Peter Paul Rubens ; d’autres y firent carrière comme  peintres du Roy tels Daniel Mytens et Antoon van Dyck. Avec le recul des siècles, Charles 1er put ainsi - souvent aux dépens d’un budget d’état déjà déficitaire il faut bien le dire - rivaliser dans le domaine artistique avec les plus grandes Cours d’Europe et ses collections n’avaient rien à envier à celles de ses voisins français et espagnols ; il fut même certainement plus proche de la sensibilité de ses peintres favoris que n’ont jamais pu l’être Philippe IV d’Espagne, Louis XIII ou même Louis XIV en France.

 

 

Daniel Mytens et Antoon van Dyck, peintres du Roy

 

Au XVIIème siècle, l’effigie du Roy est encore un exercice soumis à un schéma directeur imposé. Daniel Mytens - seul peintre officiel jusqu’à l’arrivée d’Antoon van Dyck en 1632 - se prêtera avec plus ou moins de dextérité à ce petit jeu qui tient en fait plus d’un travail de reproduction que d’un véritable travail d’inspiration exprimant la sensibilité personnelle du peintre; en parfait technicien, son modèle de portrait en buste de Charles, d’abord représenté en tant que prince de Galles puis en tant que Roy d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande, sera largement diffusé - puis souvent repris ou copié - dans tout le Royaume, à l’instar de ce que l’on peut observer de nos jours pour l’ effigie de nos Présidents dont on trouve les reproductions photographiques dans toutes nos mairies de France et de Navarre.

En 1632 donc, Antoon van Dyck s’installe à la Cour d’Angleterre après un bref séjour déjà remarqué entre 1620 et 1621 ; très rapidement, les talents de portraitiste de l’élève prodige de Pierre Paul Rubens vont conforter Charles 1er dans ses intuitions premières - lui qui avait très expressément demandé à Van Dyck de revenir travailler à Londres - et faire de lui dès 1633 son nouveau  peintre du Roy en titre. Daniel Mytens, supplanté par le talent écrasant de son compatriote nouvellement débarqué, se retirera l’année suivante dans sa province natale des Pays-Bas. Néanmoins, pendant une courte période de transition (1632-1634) où Daniel Mytens et Antoon van Dyck cohabitèrent à la Cour d’Angleterre, il semble bien qu’Antoon van Dyck ait été contraint de faire ses gammes - sans haine et sans heurt… et dans la plus parfaite courtoisie, est-il bien utile de le préciser - auprès de Daniel Mytens ; il s’en suivit un certain nombre de réalisations officielles standardisées - suivant un canevas prédéterminé et scrupuleusement suivi - à tel point que même les experts, semble-t-il, se perdent encore en conjoncture sur la paternité réelle des œuvres ainsi exécutées ; mais tel n’est-il pas le lot de tous les Ateliers des peintres à toutes les époques de l’Histoire de l’Art... où l’ entreprise - Maîtres et élèves - travaillait toute entière à la réalisation des chefs d’œuvre et à leur reproduction : les élèves réalisant le gros œuvre et le Maître la finition, apportant cette touche finale caractéristique qui le distinguait d’entre tous.

Toujours est-il que de cette période - et peut-être plus vraisemblablement aussi de celle qui suivit immédiatement le départ de Daniel Mytens - découlent un certain nombre d’oeuvres que l’on pourrait attribuer à Daniel Mytens mais où l’on peut observer des reprises (repeints) plus ou moins importantes d’Antoon van Dyck. On peut ainsi imaginer, sans trahir l’Histoire, qu’Antoon van Dyck - à ses débuts de Peintre du Roy à la Cour d’Angleterre - ait dû se conformer à l’étiquette lui imposant de travailler sur les standards de Daniel Mytens et que, après le départ de celui-ci, elle lui imposa également de reprendre pour les  retoucher  et les  affiner les  portraits, sans doute jugés  trop grossiers par Charles 1er, exécutés antérieurement par le peintre déchu. Le double portrait de Charles 1er et d’Henriette Marie - qui bien loin de l’étiquette officielle rapproche sur un même tableau, le Roy et la Reine, face à face, mains tendues l’une vers l’autre dans un jeu plein de délicatesse qui prouve encore une fois les liens d’affection réelle, bien loin d’une quelconque forme protocolaire, qui unissait les deux époux - est bien ainsi, aux yeux des experts, une œuvre de Daniel Mytens remaniée par Antoon van Dyck (notamment la coiffure de Charles 1er à l’ uneven mode - cheveux déliés sur la gauche du visage du monarque - initialement attachée à l’identique de part et d’autre de la tête et vraisemblablement aussi une grande partie du personnage d’Henriette Marie).

Au final, au regard des différents inventaires (parfois, hélas, incomplet, en ce qui concerne plus particulièrement celui d’Abraham van der Doort, qui pourtant, dit-on, se tua - au sens propre et au sens figuré - à l’ouvrage), il semblerait que Charles 1er n’ait conservé - en dehors d’un autoportrait accroché dans ses appartements privés - aucun tableau de Daniel Mytens, ou tout au moins intégralement peint par Daniel Mytens, après le départ de ce dernier.

 

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Article de Xavier de Harlay paru dans Art et Poésie de Touraine n° 186 - Automne 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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