13 octobre 2006

THE KING'S HEAD - ou l'effigie du Roy - (2)

 


& Charles 1er.jpg

 

 

... In a red dubblet and ruff, wearing the ribbon of the Garter

 

Ce portait officiel en buste de Charles 1er d’Angleterre répond à la description que nous donne Oliver Millar d'une version qui se trouve actuellement à St James’s Palace : Head and shoulders in a red doublet and ruff, wearing the ribbon of the Garter. Une meilleure déclinaison de ce standard - dixit Oliver Millar - se trouve encore à  Berkeley Castle. Il s’inscrit dans cette période un peu confuse où se croisèrent - avant de succéder l’un à l’autre - les deux peintres du Roy, et se place donc dans cette même logique de travail à quatre mains, déjà évoquée : la radiographie révèle un dessin préparatoire à la mine de plomb qui correspond parfaitement au standard des portraits de Charles, alors Prince de Galles, peints dans les années 1620 par Daniel Mytens ; le portrait peint, quant à lui, représente Charles 1er , Roy d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande, dans les années 1630 : la coiffure à l’ uneven mode est à l’identique de celle du double portrait retouché par Antoon van Dyck et , de plus, la couleur glauque (bleu tirant sur le vert) utilisée  pour le cordon du grand Saint-Georges (Ordre de la Jarretière ) est également similaire, ce qui est loin d’être le cas pour les autres versions de ce portrait retrouvées par ailleurs. Fort de ces remarques, il est facile d’imaginer que - à l’instar du double portrait - il s’agit bien là d’un travail préliminaire de Daniel Mytens, revu et corrigé (repris et affiné) par Antoon van Dyck durant ses tous premiers mois passés à la Cour d’Angleterre alors qu’il n’avait pas encore affirmé son indépendance de style par rapport aux standards officiels de rigueur ; pour preuve de sa conformité académique, ce tableau restera aux côtés des portraits officiels des monarques qui précédèrent Charles 1er à la tête du Royaume, sur les murs de la galerie de Whitehall jusqu’au 30 janvier 1649, jour de son exécution ; il est intéressant de préciser, à ce propos, qu’au regard des différents inventaires des biens du Roy, aucune des compositions qui nous apparaissent aujourd’hui comme les plus remarquables et les plus empreints de la touche originale d’Antoon van Dyck, ne furent conservées dans les collections du monarque de son vivant : ce qui tend à corroborer l’emprise de l’étiquette sur tout ce qui pouvait être exposé au regard des sujets du Roy au sein même de la Cour, et à fortiori sur tout ce qui pouvait concerner l’image - l'effigie - du Roy !

 

 

La légende du " Roy-martyre "

 

L’enquête policière commence en ce 30 janvier 1649, jour de l’exécution de Charles 1er, jugé, condamné et décapité par la Chambre Basse ou Chambre des Communes ; contrairement aux apparences, Charles 1er demeura populaire jusqu’au bout de son règne et fut vraisemblablement beaucoup plus soucieux du statut social de son peuple qu’on a bien voulu le laisser croire par la suite : à sa charge néanmoins, son incapacité à gérer les finances de la Couronne et son entêtement presque  juvénile à vouloir s’illustrer à tout prix par quelque fait de guerre glorieux qui - tant contre l’Espagne que contre la France - se soldèrent tous sans exception, faute d’argent et donc de moyens, par de cuisants échecs. Ainsi, malgré tout, Charles 1er fut il populaire et fit même l’objet d’un véritable culte ; en effet, le monarque avait, peu de temps après son accession au trône, restauré le rituel des Roys thaumaturges, qui conférait aux têtes couronnées le pouvoir de toucher les écrouelles et donc, plus clairement, le pouvoir de guérir par la simple imposition des mains ; fort de quelques petits miracles à son actif, Charles 1er bénéficia ainsi très rapidement de cette aura et de cette immunité que la croyance populaire conférait aux guérisseurs : sur son passage on se pressait et on se bousculait pour le toucher ; mieux encore, on se battait pour conserver - telle une relique - quelque chose qui avait touché de près ou de loin à sa personne.

On raconte que le jour de son exécution, nombre de personnes qui avaient assisté au cérémonial - la foule avait été volontairement placée à une distance telle de l’échafaud que le dernier discours de Charles 1er et son célèbre Remember ! qui vint le conclure - alors qu’il se dessaisissait de son insigne de St Georges derrière lequel se trouvait enchâssée une miniature du portrait de son épouse - ne parvint jamais à son auditoire présumé ; néanmoins, ses dernières pensée qui avaient été consignées en prison dans un recueil intitulé Eikon Basiliké, furent publiées et diffusées, dans les jours qui suivirent sa mort, telles de véritables prêches, contribuant ainsi à établir le légende du Roy-martyre - nombre de personnes donc, aussitôt que la trompette eut annoncé l’exécution du Roy, se précépitèrent, afin d’immortaliser la mémoire de leur défunt monarque, en quête de quelques reliques : morceaux de l’étoffe noire qui recouvrait l’échafaud sur laquelle le sang du roi s’était répandu, cheveux et poils de barbe du monarque, fils de son habit ou encore copeaux du billot formés après que la hache eut tranché le cou du monarque !

Néanmoins, d’autres sujets, Parlementaires de la Chambre des Communes pour l’essentiel, avaient bien entendu, à son égard - et notamment par crainte d’une politique sociale qui, s’il elle avait été appliquée conformément aux souhaits de Charles 1er, aurait inévitablement jouée en leur défaveur, en abolissant les derniers privilèges auxquels ils s’accrochaient encore avec l’énergie du désespoir - ces Parlementaires de la Chambre Basse avaient donc à son égard des velléités beaucoup moins sympathiques… puisqu’elles aboutirent à la chute de la Monarchie et à l’exécution de leur Roy, réduit à la qualité de simple citoyen Stuart ! Au moment où la trompette annonça son exécution, un fanatique Parlementaire - qui se trouvait parmi l’autre partie de la foule qui avait réussi, elle, à s’introduire dans le palais de Whitehall et à se masser aux fenêtres, qui du premier étage donnaient de plein pied sur la partie arrière de l’échafaud, pour assister aux premières loges à l’exécution - un fanatique Parlementaire, passant devant l’effigie du Roy déchargea son pistolet sur la tempe du portrait puis, aveuglé par la poudre et la fumée dégagée par son tir décoché à bout portant, frappa de sa dague la toile, ratant complètement sa cible mais touchant cependant le fond du tableau, d’un coup qu’il destinait très vraisemblablement au cœur du monarque !

 

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Article de Xavier de Harlay paru dans Art et Poésie de Touraine n° 206 - Automne 2006

 

 

 

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