19 novembre 2006
ANTOINE L'EGYPTIEN - ou le Grand Oeuvre - (5)
Plus haut, sur la droite, dans l’entrebâillement de la porte du minaret : un crapaud, annonçant les phase de coagulation (Solve et Coagula), - figure précurseur de l’Homoncule-crapaud des alchimistes dits opératifs et autres souffleurs. Le casque symbolise la colline primitive émergée des eaux primordiales : c’est aussi l’emblème d’Athéna, la déesse grecque de la sagesse (cf. la petite chouette nichée au dessus du casque) et de l’intelligence ; c’est ici le ventre de la mère - la matrice - où se déroule la gestation ; Hathor, protectrice des morts, déesse égyptienne de la renaissance ; Amalthée, chèvre (que l’on aperçoit à l’intérieur du casque) qui dans la mythologie fut la nourrice de Zeus-Jupiter ; Athéna-Amalthée-Hator font l’Athanor : four opératoire des alchimistes. Sur fond de combustion ( La Jérusalem céleste, décrite comme un quadrilatère pourvue de onze portes, sur laquelle se dresse l’échelle de la connaissance - échelle de Jacob - et qui n’est pas sans rappeler la forteresse dans laquelle il est dit que saint Antoine passa vingt années de sa vie), le Grand Œuvre se poursuit : du ventre de la matrice, empruntant la voie céleste matérialisée par un pont-levis couleur d’azur, sortent diverse créatures toutes droit sorti du panthéon des divinités égyptiennes - dites chtoniennes - du Livre des morts ; certaines ont mêmes des allures de chiroptère, griffon, quetzalcoatl et autres chimères héritées de la mythologie des diverses civilisations antiques du berceau de l’humanité. Enfin, la Corne d’abondance annonce le terme du voyage initiatique ; le disque réflecteur (bouclier d’Athéna ?) - tenu à deux mains par un daimon ailé - nous renvoie au disque d’argent devant lequel Saint Antoine - alors dans le désert - passa sans s’arrêter, suivant le récit de la Légende dorée de Jacques de Voragine; l’ alchimiste-cornue-cucurbitacée, tenant d’une main le rameau d’or et de l’autre le creuset alchimique où s’opère la transmutation de l’or, nous renvoie au tas d’or devant lequel - toujours selon Jacques de Voragine - saint Antoine passa également sans s’attarder. Les créatures de l’œuvre deviendront les daimons de la pierre brute, les aspérités de l’esprit que l’homme doit identifier - afin de les maîtriser, les ordonner et les gommer - pour atteindre la part divine qu’il possède en lui ; ces daimons seront autant d’incarnations du Mal - tentateurs et tentatrices - contre lesquels l’Eglise mettra ses ouailles en Guerre Sainte… et voilà comment naquirent toutes les figures de l’Enfer incarnées sur Terre : Dragons, Serpents, Diables,Vampires et autres chimères de la pire espèce !
Ainsi s’achève le survol rapide de cette miniature - à priori, inoffensive et insignifiante - et qui pourtant recèle un trésor intellectuel et spirituel à faire pâlir les Manuscrits de la mer Morte des Esséniens de Qumràn : le message mnémonique d’une théosophie syncrétiste qui influença aussi bien l’Orient que l’Occident, imprégnant de sa spiritualité originelle les bases mêmes de notre culture judéo-chrétienne - remixée à la sauce des différents courants qui secouèrent l’Eglise durant plus de vingt siècles jusqu’à nos jours - mais aussi celles des courants philosophiques tels que le Bouddhisme ou carrément ésotériques tels que le tantrisme et l’anthroposophie ; elle est aussi le fondement du gnosticisme et de sociétés secrètes tels que les Rose-croix ou les Francs-maçons ; l’alchimie intérieure et opératoire laissa dans l’histoire de l’Humanité des noms aussi prestigieux que ceux de Lull, Pic de la Mirandole, Flamel, Paracelse et Blake, plus récemment encore, Fulcanelli, Swedenborg, Steiner, Guénon et Dürckeim ; elle est encore à l’origine des plus grands succès planétaires - littéraires et cinématographiques - de ces trente dernières années : Le Seigneur des Anneaux de J.R.Tolkien, L’Alchimiste de P.Coehlo, A la Croisée des Mondes de P.Pulman et, enfin, Les Aventures d’Harry Potter de J.K.Rowling …
Au-delà de son message spirituel, cette iconographie a également laissé des traces - plus ou moins visibles - dans toutes les représentations picturales réalisées par les plus grands maîtres de ces cinq derniers siècles, sur ce thème sorti tout droit de la cosmogonie primitive de l’Humanité : l’Alchimie intérieure ; C’est bien l’avènement de l’ Homme-Dieu, incarné par Antoine l’Egyptien, l’HermèsTrismègiste - sous les traits messianiques de saint Antoine Le (trois fois) Grand - dont la mnémonique originelle a été peu à peu travestie, de mains en mains et de fils en aiguilles, au fil des siècles de l’Histoire de l’Art.
FIN de l'article
11:40 Publié dans ARTICLE DE PRESSE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : antoine, l'egyptien, grand oeuvre, détrempe, panneau, bas moyen Âge, xavier de harlay











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