19 novembre 2006
ANTOINE L'EGYPTIEN - ou le Grand Oeuvre - (2)
... Ne nous laissez pas succomber à la Tentation, mais délivrez-nous du mal... (Pater Noster)
La Tentation de Saint-Antoine pourrait, ainsi, nous apparaître - à prime abord - telle une sempiternelle parabole aux accents messianiques ; Jacques de Voragine, dans sa Légende dorée , fait de saint Antoine ermite, le symbole spirituel - l’incarnation très manichéenne - de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal ! C’est bien l’image réelle d’un Démon tentateur descendu sur Terre pour mettre à l’épreuve le genre humain qui nous est proposée ; c’est bien le spectacle d’une lutte titanesque entre l’Homme et la matérialisation protéiforme de l’esprit du Mal qui nous est offert. Cette même fonction psychopompe fut également, jadis, celle de Saint Georges le paladin, vainqueur du dragon ; on la retrouve, de façon plus contemporaine au travers du saint de Lumbres de Georges Bernanos - mis à l’écran par Bertrand Tavernier dans son film Sous le soleil de Satan - et, plus récemment encore, sous les traits féminins de Chantal dans la nouvelle de Paulo Coelho : Le Démon et Mademoiselle Prym. De façon plus significative encore, c’est - depuis les années 1940 - toute la mouvance du courant de la Science Fiction qui abreuve, à présent, nos générations branchées : littérature, bande-dessinée, dessin-animé et manga sont le théâtre d’une lutte sans merci entre les bons héros, voire même super-héros - dignes héritiers des héros antiques de la Mythologie - et les mauvais Envahisseurs, Aliens, Extra-terrestres et autres incarnations du Mal… au seul dessein philanthropique de sauver la Terre et le genre humain !
Le sujet même de la tentation de Saint-Antoine - vu sous cet angle réducteur - justifie donc bien son actualité, en s’inscrivant parfaitement dans la psychologie moderne. Plus encore, c’est parce qu’il y a, dans les différentes variations sur ce thème, des accents surréalistes - parfois même proches du délire hallucinatoire - que ce mythe reste, aujourd’hui encore, tout aussi captivant pour notre génération New age ; il y a, en particulier, chez Jérôme Bosch, certes, une symbolique sous-jacente évidente, dictée par l’iconographie héritée du Moyen-âge, mais il y a malheureusement, conjointement, dans la plupart des scènes rapportées, une déficience - consciente ou inconsciente, telle est la question ! - dans le signifié ; c’est ainsi que le sens originel du signifiant - à l’instar des hiéroglyphes et des idéogrammes, d’une façon plus générale, jusqu’à une certaine époque - s’est égaré dans la mémoire du Temps ; il ne reste plus chez Jérôme Bosch - et ses contemporains - que le parfum d’une iconographie jadis bien codifiée, à présent masqué par un envahissement de personnages à visage humain ou hybride qui, au final, confinent presque au reality show. Calculée ou spontanée, cette voie nouvelle tracée par le maître flamand incarne la parfaite transition entre la peinture iconographie du Moyen-âge - où toute chose représentée avait un sens caché, s’inscrivant dans un tout cohérent - et la révolution engagée par la peinture de la Renaissance, qui sous l’apparente inspiration des grands thèmes de l’Antiquité, nous rapproche de la vie quotidienne et de ses réalités ; les choses représentées ne sont que ce qu’elles sont... et en aucun cas autre chose que ce qu’elles paraissent être ! Le signifiant et le signifié ne font désormais plus qu’un !
Article de Xavier de Harlay, exclusivité Exp'Art Consulting - Hiver 2006
11:55 Publié dans ARTICLE DE PRESSE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : antoine, l'egyptien, grand oeuvre, détrempe, panneau, bas moyen Âge, xavier de harlay











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