13 octobre 2006

THE KING'S HEAD - ou l'effigie du Roy - (3)

 

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350 ans après...

 

Ici aurait pu s’arrêter l’histoire d’un Prince qui laissa, malgré tout, aux yeux de l’Histoire l’image d’un Roy plein de bonté et de justice ; l’image d’un monarque dont le regard doux et grave avait été si parfaitement bien saisi dans un portrait officiel qui se trouvait à côté de celui de tous ses prédécesseurs, dans la galerie du Palais de Whitehall, et fut littéralement vandalisé, sans scrupule aucun, ce 30 janvier 1649… ici aurait pu commencer la légende d’un Roy, par trois fois martyrisé : d’abord par le fer de la hache… puis par le feu d’un pistolet à rouet et, pour finir, à nouveau par le fer d’une arme blanche de poing !

 

 

Mais… ici, la grande Histoire est rattrapée par la petite histoire : un épisode qu’Alexandre Dumas lui-même, s’il en avait eu vent, aurait - sans conteste possible - intégré à son célèbre roman de cape et d’épée : Vingt ans après... , dont l’un au moins des trois valeureux mousquetaires, qu’il fit assister ce jour-là - impuissants - à l’exécution de Charles 1er après avoir vainement tenté de le faire s’échapper, aurait fort bien pu être le témoin …

 

Néanmoins, quittons la fiction pour regagner la réalité des faits historique tels qu'ils se déroulèrent. Parmi la foule qui se trouvait dans le palais de Whitehall ce 30 janvier 1649, se trouvait un français : Jean Rousseau, deuxième Echevin du Parlement de la Ville de Paris, marchand bonnetier de son métier, en voyage d’affaire à Londres ce jour-là ; Jean Rousseau  était également un bibliophile renommé (on lui attribue la paternité d’un atlas des quatre parties du monde en cinquante volumes et d’un dictionnaire biographique des grands de ce monde en vingt-huit volumes que lui jalousait Richelieu en personne ; ces deux très exceptionnels « recueils » sont actuellement conservés dans le fond des estampes et dessins de la BNF ) ; Jean Rousseau non content d’être un bibliophile renommé… était également un amateur d’art plus qu’éclairé !... Témoin de la scène de vandalisme du portrait  de Charles 1er, il attendit patiemment que la foule se soit dispersée, décrocha le tableau et - à l’instar des partisans dévoués du monarque qui à l’extérieur s’appliquaient à récolter quelques précieuses reliques - découpa la toile endommagée, la roula, la cacha sous son vaste manteau et s’enfuit aussi discrètement qu’il put emportant sous son bras le souvenir de ce terrible jour de janvier 1649 ; le lendemain, on s’aperçut au palais de Whitehall et du cadre brisé et de la disparition de la toile ; le français fut très rapidement soupçonné du délit : des émissaires furent envoyés à ses trousses mais lorsqu’ils atteignirent le port de Douvres, Jean Rousseau avait déjà réussi à embarquer pour la France.

Inutile de préciser qu’une fois arrivé à bon port et rentré à Paris, Jean Rousseau eut le souci de faire restaurer la toile, en ayant soin de conserver méticuleusement les précieux stigmates, témoins du martyre de Charles 1er ; à sa mort, ce tableau à histoire fut légué à sa descendance… et, ainsi de suite, transmis de génération en génération par héritage, jusqu’à nos jours !

Partant d’un simple document d’archive retrouvé et relatant cette rocambolesque histoire dans l’Histoire, il n’aura fallu pas moins de sept années de recherches et d’investigations entre la France et l’Angleterre pour démêler tous les fils d’une véritable enquête policière supra-temporelle : 350 ans après !... Un premier tableau, qui aurait pu être identifié - à prime abord - à l’objet de cette enquête, fut ainsi retrouvé… à un détail près qu’il manquait un des deux stigmates (le coup de dague) et que l’impact de la balle du pistolet paraissait un peu trop à l’emporte-pièce pour être d’origine naturelle… ce qui signifiait dès lors, que ce premier tableau ne pouvait être que la copie d’un original (pratique fréquente aux siècles passés lorsque l’on souhaitait transmettre une oeuvre de grande valeur artistique ou sentimentale à sa descendance, lorsque la branche mâle se dédoublait par exemple), qui donc devait se trouver quelque part ailleurs et restait donc encore à découvrir ; quelques brassées généalogiques plus tard, ledit tableau fut enfin localisé dans une autre branche de cette vieille famille de France qui se trouve actuellement - petit clin d’œil de l’Histoire - dans le village même où les parents de l’actuel conservateur du Banqueting House (seul bâtiment du Palais de Whitehall ayant résisté au Temps) ont pris racine en France dans les années 1960 !

 

 

Epilogue

 

Toute histoire à sa morale : celle qui s’attache à cette histoire revêt, une fois encore, l’aspect d’une ultime pirouette de l’Histoire ; il existait  dans la Grande Salle de l’Hôtel de Ville de Paris un tableau exécuté dans les années 1650 par Philippe de Champaigne et représentant le Prévôt des Marchands (Alexandre de Sève) et les Echevins du Parlement de la Ville de Paris ; Jean Rousseau, deuxième Echevin, y figurait donc en deuxième position, une calotte sur le haut de la tête (pour son activité de marchand bonnetier) et un livre dans les mains (pour ses qualités de bibliophile) ; à la Révolution , la toile fut consciencieusement découpée en autant de pièces qu’il y avait de personnages représentés sur ce tableau ; on peut imaginer que les pièces furent prélevées à titre conservatif - ou au titre de reliques - par les familles respectives, descendantes des différents magistrats ; après un parcours dont nous ignorons l’essentiel, ce portrait ré-encadré de Jean Rousseau fut acquis par la quatrième Marquise d’Hertford à une date indéterminée de l’Histoire et figure aujourd’hui parmi les peintures française de la Wallace Collection de… Londres !

Et la boucle de cette petite enquête policière supra-temporelle est ainsi définitivement bouclée :

« Elémentaire mon Cher Watson ! » me direz-vous…

 

FIN de l'article

 

Article de Xavier de Harlay paru dans Art et Poésie de Touraine n° 206 - Automne 2006

 

 

 

 

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