19 novembre 2006

ANTOINE L'EGYPTIEN - ou le Grand Oeuvre - (3)

 

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Un authentique chaînon manquant théosophique et iconographique

 

Au premier coup d’œil porté sur cette miniature, la méprise est quasi inévitable pour celui qui n’est pas initié ; en effet, impossible pour l’apprenti de ne pas assimiler - à coup de hache - la petite scène qui nous est présentée, aux nombreuses productions du même genre de Jérôme Bosch ou de Pieter Bruegel, et de leurs suiveurs. Le néophyte ne peut que s’arrêter, dans son jugement et son appréciation, à ce qui ce qui lui paraît n’être qu’un pur produit de l’Entreprise flamande du XVIème, voire même - plus tardivement encore - du XVIIème siècle ; en bref, une variation de plus, version édulcorée, de surcroît : pâle copie du petit monde grouillant d’êtres hybrides et d’objets  hétéroclites des maîtres  flamands du XVIème siècle ; une aimable version de salon, en quelque sorte ! Et, comme pour le conforter dans cette lecture aveugle, son regard est inexorablement attiré par cette scénette située à l’extrême droite du tableau : une femme à la chevelure arborescente - tenant dans ses bras un enfant nouveau-né emmailloté - juchée en amazone sur un trône, harnaché sur le dos d’un éléphant ; le pachyderme est représenté tête tournée vers la gauche, en vis-à-vis d’un autre animal (éléphant ou cheval ?) qui - quant à lui - juché sur cet animal qui nous montre son postérieur, se tient également de dos, une étrange créature hybride, épervier à tête hirsute (fleur de chardon ou de lotus ?), épervier-fauconnier portant sur son poing un ibis vert. En effet, cette scénette n’est pas sans lui rappeler - quoique traitée avec moins d’habilité ou plus exactement, traitée de façon plus naïve - une scénette quasi à l'identique du triptyque de la Tentation de Saint Antoine de Jérôme Bosch...

Et pourtant... le style et l’agencement des différentes figures de ce tableau ne sont pas ceux des univers débridés de Jérôme Bosch et de Pieter Bruegel, ni même ceux de leurs suiveurs ! Et pourtant... certains éléments de cette composition pris séparément, ne sont pas sans nous rappeler des éléments déjà vus dans les réalisations d’artistes aussi différents que pouvaient l'être David Teniers... et Salvador Dali !

Et puis, tout à coup, l’invraisemblable... l’inconcevable... l’inimaginable : l’étincelle... puis la lumière qui nous fait entrevoir une partie de la vérité… Cette scénette dont nous évoquions les similitudes de construction avec celle de Jérôme Bosch ; cette scénette prend tout à coup une dimension métaphysique : ne pourrait-elle pas être la sublime représentation iconographique de cette théosophie vieille comme le monde ? Celle du Retour aux sources ?... Aux sources du Nil (îles éléphantines) que matérialise le pachyderme de profil portant sur son dos la mère de l’humanité (Isis) et son enfant nouveau-né ! Dès lors, il suffit de se rapprocher de cette même scénette traitée par Jérôme Bosch pour constater qu’en modifiant quelques éléments signifiants (en remplaçant, par exemple, l’éléphant par un rat et le cheval (?) par une cruche), se perd du même coup le sens originel du grand Tout (le signifié) ; en privilégiant une forme incongrue et débridée, Jérôme Bosch s'éloigne du fond et de la cohérence de l’ensemble du sujet traité....

Et à présent, l’évidence est là... incontestable, inébranlable : cette miniature ne peut-être que l’Aïeule-de-tout-le-monde ; celle qui servit de support iconographique à toutes les versions suivantes, et qui inspira tous nos grands maîtres depuis la Renaissance... jusqu’au Surréalisme ; un chaînon manquant dont les siècles d’histoire de l’Art auraient progressivement oublié les racines spirituelles, et peu à peu travesti le message originel !

La problématique de cette Tentation de Saint-Antoine primitive étant maintenant résolue et acquise, il nous faut à présent bien reconnaître et admettre que toutes les variations sur le thème de la Tentation de Saint-Antoine que nous connaissions par ailleurs ne sont que de libres interprétations de cette version originelle ; réinterprétations largement influencées par la sensibilité des peintres et leur spiritualité... mais aussi sous l’influence extérieure des différents courants religieux qui ébranlèrent l’Eglise et des différents courants artistiques qui secouèrent l’histoire de l’Art, jusqu’à nos jours.

 

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Article de Xavier de Harlay, exclusivité Exp'Art Consulting - Hiver 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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