19 novembre 2006

ANTOINE L'EGYPTIEN - ou le Grand Oeuvre - (4)

 

 

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Le message d'Antoine, Le (trois fois) Grand

ou

Le Troisième Testament

 

 

Le sens originel - intelligible et cohérent - de la Tentation de Saint-Antoine nous est suggéré, au travers de cette miniature, sous une forme mnémonique. Procédé usité de l’époque, dont le décryptage restait le privilège d’une certaine élite intellectuelle d’initiés ; dès lors est-il facile de comprendre que le message authentique et métaphysique de cette représentation ait pu être aussi librement ré-interprété - pour ne pas dire travesti - au fil des siècles. Ce, jusqu'à n'en plus conserver la moindre once de vérité originelle. Ainsi  nous est parvenu ce message d'éloge - manichéen et psycho-rigide -  du surhomme pris en sandwich entre l’Oeuvre de Dieu et la part du Diable ; pire encore, ce message d'appel à la résistance contre le pêché mortel de la chair, où le chaste ascète affronte à mains nues - toutes griffes dehors - le spectre de la femme tentatrice !

Aux antipodes de ces Images d’Epinal, ce tableau doit être lu comme un authentique livre : LE Livre, devrait-on dire, - et plus précisément encore : Le Troisième Testament. Celui qui aurait du être - chronologiquement parlant - sous sa forme hermétique la plus primitive, le tout premier Testament de toute l’histoire de l’humanité. Car cette Tentation de Saint-Antoine dit Antoine Le (trois fois) Grand ou encore Antoine l’Egyptien) nous renvoie dans la Nuit des Temps depuis les théosophies héritée de l’Antiquité égyptienne, grecque, romaine et orientale jusqu’aux balbutiements du Christianisme naissant... La première génération de héros chrétiens s’illustra par ses martyres ; la deuxième s’illustra par ses anachorètes, dont saint Antoine fut le père. Sa légende repose sur les fondements de la Vita Antonii de saint Athanase, évêque d’Alexandrie - contemporain de saint Antoine - et se prolonge jusqu’au Moyen-âge dans la Legenda aurea de Jacques de Voragine, archevêque de Gênes. Difficile néanmoins de rapprocher le discours évangélique de saint Antoine qui nous est parvenu au travers de la Voie des Pères du désert - inspirée de quelques lettres, règles et sermons retranscrits dans la Patrologie grecque de Migne - de celui du discours guerrier de ses biographes. A leur corps défendant,  on ne peut décemment pas reprocher à une religion qui vient de traverser les pires persécutions, de vouloir - maintenant que, pour elle, les Temps sont plus cléments, trop cléments même - se fabriquer des héros-guerriers du désert à la mesure des héros-martyres des arènes de naguère ; mais on peut néanmoins reprocher à l’Eglise d’avoir conçue et malicieusement entretenue l’idée de l’existence de la présence réelle de démons tentateurs envoyés par le Diable puis par Dieu, lui-même, pour mettre à l’épreuve ses fils : mais la vraie question n’est elle pas de se demander s’il n’est pas beaucoup plus facile ainsi de contrôler ses ouailles, en les maintenant sous la menace virtuelle de forces du Mal extra-terrestres et en leur vendant des Indulgences censées leur assurer quarante jours en moins de Purgatoire ? Mais tel n’est il pas le jeu de toute Entreprise de pouvoir et d’argent ? Telle est peut-être l’explication possible du glissement - sous l’emprise du pouvoir croissant exercé par l’Eglise sur les consciences - du thème de  la Tentation de Saint-Antoine, théosophie syncrétiste de l’homme-Dieu face à lui-même, - vers celui  de l’homme de Dieu face aux péchés capitaux de la tentation exercée par la volonté du Diable, pour les uns, de Dieu, pour les autres… si violemment  contrôlés par l’Eglise aux pires heures de l’Inquisition !

Ici, saint Antoine est le philosophe, l'alchimiste, l'aiëul-de-tout-le-monde, le vieil homme représenté dans une configuration de Triade qui n’est pas sans nous rappeler mystérieusement les représentations égyptiennes de Pharaon encadré par Anubis et Horus ; le parcours initiatique se poursuit sur la droite, suivant le fil conducteur de la cosmogonie syncrétiste que symbolise le mythe de Léda et des Dioscures : l’homme nouveau nait de l’union du Ciel (Abraxas ou Zeus-Jupiter métamorphosé en cygne) et de la Terre (Léda sous les apparences d’une guenon menstruée, allongée sur le dos) ; la dualité de l’homme est ici incarnée par l’androgynie du couple Castor/Hélène né du premier œuf et celle du couple Pollux/Clytemnestre né du deuxième œuf ; l’autre facette de cette dualité  est incarnée par l’immortalité de Castor tandis que Pollux est, lui, simple mortel : l’homme nouveau recèle en lui-même une part de divinité qu’il lui faut retrouver ; il lui faut revenir aux sources ; aux temps immémoriaux de l’Âge d’Or de l’homme-Dieu. La scène située légèrement au-dessus sur la droite se déroule au milieu des eaux rouges du Nil : c’est le Retour aux sources, à proprement parler ; l’épervier - fauconnier - de dos, sur son cheval (?) - figure précurseur du Pégase mythologique - tenant un ibis sur son poing, annonce les phases volatiles, dites de dissolution ( Solve et coagula), de l’œuvre : l’âme et l’esprit divin s’élèvent vers l’arbre de la connaissance/arbre de vie (l’olivier consacré à Athéna). L’arbre du monde syncrétiste, l'arbre des philosophes que l’on distingue entre les deux minarets ; ces deux oiseaux ne sont pas non plus sans rappeler le ba et le ahk du  Livre des morts égyptien, mais aussi le dieu solaire Râ et Thot (Atoum-Rê), le démiurge Seigneur de la Lune et Maître du Monde - alias Hermès trismégiste, le messager, de la mythologie grecque - de la cosmogonie égyptienne. D’ailleurs, la forme géométrique de l’épervier-fauconnier ne nous ramène-t-elle pas à l’ankh des dieux et des rois de l’ancienne Egypte ? Ne nous ramène elle pas aussi au thav (le nom et la signature de Dieu), dernière lettre de l’alphabet sémitique - et à son dérivé homonyme le tau de l’alphabet grec - croix mystique surmontée d’une fleur de chardon (fleur de lotus ?), évocatrice de la couronne christique ? De plus, si l’on considère la forme géométrique de l’ibis comme la base sémantique de l’aleph, première lettre de l’alphabet sémitique - et de son dérivé homonyme l’alpha de l’alphabet grec - n’a-t-on pas ici même la parfaite illustration de la parole de Dieu : - « C’est par la dernière lettre que vous pourrez pénétrer dans la première, - c'est-à-dire dans le domaine divin d’avant la création elle-même » (Dans le Silence d’Aleph, - Claude Vigée) ? L’ensemble de cette scène (épervier-fauconnier et femme-souche tenant dans ses bras un nouveau-né emmailloté) n’est-elle pas l’image iconographique originelle de ce que l’Eglise assimilera par la suite au Mystère de l’Annonciation (l’Ange Gabriel, messager de Dieu, annonçant à Marie l’incarnation de son Dieu dans l’enfant qu’elle porte déjà en son sein : le Christ-quintessence ou Pierre philosophale) mais également à la représentation picturale chrétienne de la Fuite en Egypte où classiquement l’on pourra voir l’Ange, messager de Dieu, annonçant à Marie le danger encouru, et Marie fuyant à dos d’âne - tenant l’enfant Jésus emmailloté dans ses bras - représentée se reposant sous un arbre ?!

 

 

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Article de Xavier de Harlay, exclusivité Exp'Art Consulting - Hiver 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

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