20 septembre 2006

" L'IDEAL MODERNE " SELON THEODORE CHASSERIAU & CHARLES BAUDELAIRE (4)

 

 

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De la beauté moderne 

 

   Ecoutons à nouveau Baudelaire : « Pour moi le romantisme est l’expression la plus récente, la plus actuelle du beau... », et de préciser : « Le beau est fait d’un élément éternel, invariable et d’un élément relatif, circonstanciel, qui sera, si l’on veut, tour à tour ou tout ensemble, l’époque, la mode, la passion… cette dualité est une conséquence fatale de la dualité de l’homme. Considérez si cela vous plait, la partie éternellement subsistante comme l’âme de l’art et l’élément variable comme son corps… ».

   Avec cette notion de dualité, transparaît ici un principe ô combien cher à Baudelaire, et qui a vraisemblablement marqué les esprits de toutes les générations estudiantines depuis lors : le charme bizarre ou le beau bizarre !

   Reprenons à présent la description du portrait de l’Enfant et de la poupée peint par Théodore Chassériau, à l’endroit même où nous l’avions laissée ; pour ce faire, nous allons, une fois de plus, emprunter à Baudelaire ses propres vers, extraits de La Beauté  ( Les Fleurs du mal) :

 

« Je suis belle, ô mortel ! Comme un rêve de pierre… »

« J’unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;

Je hais le mouvement qui déplace les lignes… »

 

« J’ai… de purs miroirs qui font toutes choses plus belles :

 Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles ».

 

   Difficile de na pas percevoir que l’âme - élément éternel et invariable - de ce portait, nous est révélée au travers de cette triade : « rêve de pierre », « blancheur des cygnes » et « purs miroirs » ; cette symbolique résurgente de la Renaissance voit son incarnation dans la féminité, - thème que nous allons, à présent, aborder ; mais auparavant, intéressons nous à l’autre partie constitutive de la beauté : le corps qui - indissociable de l’âme que nous venons d’évoquer - confère à ce portrait cette dualité et ce charme étrange ; tandis que le corps, élément variable, est ici tout à la fois l’époque et la mode (il n’y a à ce propos qu’à admirer les coiffures de l’enfant et de la poupée à la mode des années 1830, ainsi que la robe en plumetis de satin blanc - décolletée et cintrée à merveille - de cet enfant) ; le corps c’est aussi la morale (les parures exposées au grand jour sont autant de jalons dans l’éducation des jeunes-filles) et la passion : force est de constater qu’il se dégage de ce portrait une impression générale très proche d’un sentiment amoureux, exprimé par toute la fougue et la passion d’un jeune peintre de 17 ans !

 

De la féminité

 

   Laissons cette fois la parole à Stendhal : « Le beau n’est que la promesse du bonheur… » ; définition qui - suivant Baudelaire - « dépouille un peu trop lestement le beau de son caractère aristocratique mais a néanmoins le grand mérite de l’éloigner décidemment de l’erreur des académiciens ».

    Baudelaire - s’agissant de la féminité - nous dit encore ceci : « La femme est sans doute une lumière, un regard, une invitation au bonheur, une parole quelquefois (sic) ; mais elle est surtout une harmonie générale, non seulement dans son allure et le mouvement de ses membres, mais aussi dans les mousselines, les gazes, les vastes et chatoyantes nuées d’étoffes dont elle s’enveloppe, et qui sont comme les attributs et le piédestal de sa divinité ; dans le métal et le minéral qui serpentent autour de ses bras et de son cou, qui ajoutent leurs étincelles au feu de ses regards, ou qui jasent doucement à ses oreilles…», et Baudelaire de surenchérir : « …quel est l’homme qui (…) n’a pas joui de la manière la plus désintéressée, d’une toilette savamment composée, et n’en a pas emporté une image inséparable de la beauté de celle à qui elle appartenait faisant ainsi des deux, de la femme et de la robe, une totalité indivisible… ».

   Revenons à présent sur le portrait de la petite Laure Stéphanie, à la lumière de ces vers de Baudelaire - qui une fois encore, ont traversés les Temps - extraits des Correspondances (Les Fleurs du mal) :

 

« …les parfums, les couleurs et les sons se répondent… »

 

   Les parfums lourds... de vanille, de rhum et de cannes à sucre de St Domingue ; les couleurs chaude et froide : rouge et blanche (dont la base est bleutée, au regard de la Réflectographie infrarouge) des robes respectives de la poupée et de l’enfant ; le son des boucles  - d’or et d’ambre - qui jasent doucement aux oreilles de l’enfant.

 

« Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,

 Ce monde rayonnant de métal et de pierre

Me ravit en extase, et j’aime à la fureur

Les choses où le son se mêle à la lumière… »

 

Charles Baudelaire (Extrait des « Bijoux » - Les Fleurs du mal)

 

   Attachons-nous maintenant à préciser quelque peu toute l’importance de la couleur - en tant qu’outil de modernité -  dans la peinture romantique.

 

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Article de Xavier de Harlay paru dans Art et poésie de Touraine n° 180 - Printemps 2005