19 novembre 2006

ANTOINE L'EGYPTIEN - ou le Grand Oeuvre - (1)

 

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Une très exceptionnelle

Tentation de Saint-Antoine

peinte sur bois de chêne

par Leonardo da Vinci & Jheronimus Bosch, c. 1500

 

Le thème de la Tentation de Saint-Antoine est un des sujets les plus traités - voire même LE sujet le plus traité - de toute l’histoire de l’art et de la littérature réunis. Il a ainsi traversé deux millénaires d'histoire de l'humanité, depuis les tous premiers siècles de l’ère chrétienne jusqu’à nos jours.

Ultimes expressions de cette récurrence supra-temporelle : les versions les plus récentes de Salvador Dali et de Max Ernst qui, à l’instar de quelques neuf autres artistes surréalistes des années 40, planchèrent sur ce thème imposé - dans le cadre d’un concours organisé en 1946 - pour l’unique scène en couleurs du film d’Albert Lewin : The private affairs of Bel-Ami (librement inspiré de la célèbre nouvelle de Guy de Maupassant).

Un demi siècle auparavant, Théodore Chassériau nous avait laissé une version romantique très émouvante - et pourtant méconnue - de cette Tentation de Saint-Antoine ; émouvante et ô combien poignante, en effet, lorsque l’on s'imprègne un tant soit peu des évènements dont procède sa réalisation : la disparition brutale de Gérard de Nerval en janvier 1855 qui - suivant la voie tracée par Dante Alighieri dans la Divine Comédie - s’en était allé rejoindre les Filles du feu.Théodore Chassériau rendit ainsi un dernier hommage à son ami poète, par cette allégorie qu’il conserva dans son atelier jusqu’à sa propre mort, qui devait hélas survenir l'année suivante.

Mais celle qui reste la plus célèbre, d’entre toutes les variations sur ce thème choisi de la Tentation de Saint-Antoine , est de loin celle du triptyque de Jérôme Bosch réalisé à la fin du Quattrocento ; version dont le foisonnement de personnages grotesques et hybrides - mêlé d’objets insolites et hétéroclites - tient plus d’un carnaval ou d’une fête des fous que d’un véritable tout, cohérent et signifiant : pour preuve - de même que pour la plupart des œuvres du peintre flamand et de ses compatriotes contemporains - nombre d’historiens d’art se sont cassé les dents sur la lecture et sur le sens à donner à cette œuvre : on ne compte plus les controverses à son sujet, et l’énigme reste de ce fait entière … si tenté qu’il puisse y avoir ici, une explication tangible ! Et si, tout simplement, il n’y avait pas - ou plus - de clef du tout dans cette œuvre ? C’est ce que allons essayer d'approfondir à présent, à la lumière de cette exceptionnelle Tentation de Saint-Antoine - peinte sur bois de chêne par Leonardo da Vinci & Jheronimus Bosch, c. 1500 - retrouvée par le plus grand des miracles.

Incalculable donc le nombre d’artistes qui - des Primitifs aux Surréalistes, en passant par les maîtres de la Renaissance et du Romantisme - se sont prêtés à cet exercice de style : Martin Schöngauer, Jérôme Bosch, Lucas Cranach, Joachim Patenier, Lucas de Leyde, Joan Mandyn, Pieter Huys, Brueghel l’ancien, Le Tintoret, Paul Véronèse, Annibal Carrache, Brueguel d’enfer, David Teniers père et fils, Théodore Chassériau, Max Ernst, Salvador Dali… et j'en passe et des meilleurs. Chacun, à sa manière, s’étant inspiré des réalisations précédentes, tout en y apportant son interprétation et sa touche singulière, - marquant ainsi de sa propre griffe ce thème tout droit sorti de la nuit des Temps.

 

 

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Article de Xavier de Harlay, exclusivité Exp'Art Consulting - Hiver 2006