04 juillet 2007
VENI, VIDI, VINCI ou l'Avant-Dernière Cène (1)

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19 novembre 2006
ANTOINE L'EGYPTIEN - ou le Grand Oeuvre - (1)
Une très exceptionnelle
Tentation de Saint-Antoine
peinte sur bois de chêne
par Leonardo da Vinci & Jheronimus Bosch, c. 1500
Le thème de la Tentation de Saint-Antoine est un des sujets les plus traités - voire même LE sujet le plus traité - de toute l’histoire de l’art et de la littérature réunis. Il a ainsi traversé deux millénaires d'histoire de l'humanité, depuis les tous premiers siècles de l’ère chrétienne jusqu’à nos jours.
Ultimes expressions de cette récurrence supra-temporelle : les versions les plus récentes de Salvador Dali et de Max Ernst qui, à l’instar de quelques neuf autres artistes surréalistes des années 40, planchèrent sur ce thème imposé - dans le cadre d’un concours organisé en 1946 - pour l’unique scène en couleurs du film d’Albert Lewin : The private affairs of Bel-Ami (librement inspiré de la célèbre nouvelle de Guy de Maupassant).
Un demi siècle auparavant, Théodore Chassériau nous avait laissé une version romantique très émouvante - et pourtant méconnue - de cette Tentation de Saint-Antoine ; émouvante et ô combien poignante, en effet, lorsque l’on s'imprègne un tant soit peu des évènements dont procède sa réalisation : la disparition brutale de Gérard de Nerval en janvier 1855 qui - suivant la voie tracée par Dante Alighieri dans la Divine Comédie - s’en était allé rejoindre les Filles du feu.Théodore Chassériau rendit ainsi un dernier hommage à son ami poète, par cette allégorie qu’il conserva dans son atelier jusqu’à sa propre mort, qui devait hélas survenir l'année suivante.
Mais celle qui reste la plus célèbre, d’entre toutes les variations sur ce thème choisi de la Tentation de Saint-Antoine , est de loin celle du triptyque de Jérôme Bosch réalisé à la fin du Quattrocento ; version dont le foisonnement de personnages grotesques et hybrides - mêlé d’objets insolites et hétéroclites - tient plus d’un carnaval ou d’une fête des fous que d’un véritable tout, cohérent et signifiant : pour preuve - de même que pour la plupart des œuvres du peintre flamand et de ses compatriotes contemporains - nombre d’historiens d’art se sont cassé les dents sur la lecture et sur le sens à donner à cette œuvre : on ne compte plus les controverses à son sujet, et l’énigme reste de ce fait entière … si tenté qu’il puisse y avoir ici, une explication tangible ! Et si, tout simplement, il n’y avait pas - ou plus - de clef du tout dans cette œuvre ? C’est ce que allons essayer d'approfondir à présent, à la lumière de cette exceptionnelle Tentation de Saint-Antoine - peinte sur bois de chêne par Leonardo da Vinci & Jheronimus Bosch, c. 1500 - retrouvée par le plus grand des miracles.
Incalculable donc le nombre d’artistes qui - des Primitifs aux Surréalistes, en passant par les maîtres de la Renaissance et du Romantisme - se sont prêtés à cet exercice de style : Martin Schöngauer, Jérôme Bosch, Lucas Cranach, Joachim Patenier, Lucas de Leyde, Joan Mandyn, Pieter Huys, Brueghel l’ancien, Le Tintoret, Paul Véronèse, Annibal Carrache, Brueguel d’enfer, David Teniers père et fils, Théodore Chassériau, Max Ernst, Salvador Dali… et j'en passe et des meilleurs. Chacun, à sa manière, s’étant inspiré des réalisations précédentes, tout en y apportant son interprétation et sa touche singulière, - marquant ainsi de sa propre griffe ce thème tout droit sorti de la nuit des Temps.
Article de Xavier de Harlay, exclusivité Exp'Art Consulting - Hiver 2006
12:00 Publié dans ARTICLE DE PRESSE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : antoine, l'egyptien, grand oeuvre, détrempe, panneau, leonardo, vinci, leonard, bosch, jheronimus, xavier de harlay
ANTOINE L'EGYPTIEN - ou le Grand Oeuvre - (2)
... Ne nous laissez pas succomber à la Tentation, mais délivrez-nous du mal... (Pater Noster)
La Tentation de Saint-Antoine pourrait, ainsi, nous apparaître - à prime abord - telle une sempiternelle parabole aux accents messianiques ; Jacques de Voragine, dans sa Légende dorée , fait de saint Antoine ermite, le symbole spirituel - l’incarnation très manichéenne - de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal ! C’est bien l’image réelle d’un Démon tentateur descendu sur Terre pour mettre à l’épreuve le genre humain qui nous est proposée ; c’est bien le spectacle d’une lutte titanesque entre l’Homme et la matérialisation protéiforme de l’esprit du Mal qui nous est offert. Cette même fonction psychopompe fut également, jadis, celle de Saint Georges le paladin, vainqueur du dragon ; on la retrouve, de façon plus contemporaine au travers du saint de Lumbres de Georges Bernanos - mis à l’écran par Bertrand Tavernier dans son film Sous le soleil de Satan - et, plus récemment encore, sous les traits féminins de Chantal dans la nouvelle de Paulo Coelho : Le Démon et Mademoiselle Prym. De façon plus significative encore, c’est - depuis les années 1940 - toute la mouvance du courant de la Science Fiction qui abreuve, à présent, nos générations branchées : littérature, bande-dessinée, dessin-animé et manga sont le théâtre d’une lutte sans merci entre les bons héros, voire même super-héros - dignes héritiers des héros antiques de la Mythologie - et les mauvais Envahisseurs, Aliens, Extra-terrestres et autres incarnations du Mal… au seul dessein philanthropique de sauver la Terre et le genre humain !
Le sujet même de la tentation de Saint-Antoine - vu sous cet angle réducteur - justifie donc bien son actualité, en s’inscrivant parfaitement dans la psychologie moderne. Plus encore, c’est parce qu’il y a, dans les différentes variations sur ce thème, des accents surréalistes - parfois même proches du délire hallucinatoire - que ce mythe reste, aujourd’hui encore, tout aussi captivant pour notre génération New age ; il y a, certes, une symbolique sous-jacente évidente, dictée par l’iconographie héritée du Moyen-âge, mais il y a malheureusement, conjointement, dans la plupart des scènes rapportées, une déficience - consciente ou inconsciente, telle est la question ! - dans le signifié ; c’est ainsi que le sens originel du signifiant - à l’instar des hiéroglyphes et des idéogrammes, d’une façon plus générale, jusqu’à une certaine époque - s’est égaré dans la mémoire du Temps ; il ne reste plus chez la plupart des contemporains de Jérôme Bosch et nombre de ses suiveurs que le parfum d’une iconographie jadis bien codifiée, à présent masqué par un envahissement de personnages à visage humain ou hybride qui, au final, confinent presque au reality show. Calculée ou spontanée, cette voie nouvelle tracée par le maître flamand incarne la parfaite transition entre la peinture iconographie du Moyen-âge - où toute chose représentée avait un sens caché, s’inscrivant dans un tout cohérent - et la révolution engagée par la peinture de la Renaissance, qui sous l’apparente inspiration des grands thèmes de l’Antiquité, nous rapproche de la vie quotidienne et de ses réalités ; les choses représentées ne sont que ce qu’elles sont... et en aucun cas autre chose que ce qu’elles paraissent être ! Le signifiant et le signifié ne font désormais plus qu’un !
Article de Xavier de Harlay, exclusivité Exp'Art Consulting - Hiver 2006
11:55 Publié dans ARTICLE DE PRESSE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : antoine, egyptien, grand oeuvre, détrempe, panneau, leonardo, vinci, leonard, bosch, jheronimus, xavier, harlay
ANTOINE L'EGYPTIEN - ou le Grand Oeuvre - (3)
Un authentique chaînon manquant théosophique et iconographique
Au premier coup d’œil porté sur cette miniature, la méprise est quasi inévitable pour celui qui n’est pas initié ; en effet, impossible pour l’apprenti de ne pas assimiler - à coup de hache - la petite scène qui nous est présentée, aux nombreuses productions du même genre de Jérôme Bosch ou de Pieter Bruegel, et de leurs suiveurs. Le néophyte ne peut que s’arrêter, dans son jugement et son appréciation, à ce qui ce qui lui paraît n’être qu’un pur produit de l’Entreprise flamande du XVIème, voire même - plus tardivement encore - du XVIIème siècle ; en bref, une variation de plus, version édulcorée, de surcroît : pâle copie du petit monde grouillant d’êtres hybrides et d’objets hétéroclites des maîtres flamands du XVIème siècle ; une aimable version de salon, en quelque sorte ! Et, comme pour le conforter dans cette lecture aveugle, son regard est inexorablement attiré par cette scénette située à l’extrême droite du tableau : une femme à la chevelure arborescente - tenant dans ses bras un enfant nouveau-né emmailloté - juchée en amazone sur un trône, harnaché sur le dos d’un éléphant ; le pachyderme est représenté tête tournée vers la gauche, en vis-à-vis d’un autre animal (éléphant ou cheval ?) qui - quant à lui - juché sur cet animal qui nous montre son postérieur, se tient également de dos, une étrange créature hybride, épervier à tête hirsute (fleur de chardon ou de lotus ?), épervier-fauconnier portant sur son poing un ibis vert. En effet, cette scénette n’est pas sans lui rappeler - quoique traitée avec moins d’habilité ou plus exactement, traitée de façon plus naïve - une scénette quasi à l'identique du triptyque de la Tentation de Saint Antoine de Jérôme Bosch exposé à Lisbonne...
Et pourtant... le style et l’agencement des différentes figures de ce tableau ne sont pas ceux des univers débridés de Jérôme Bosch et de Pieter Bruegel, ni même ceux de leurs suiveurs ! Et pourtant... certains éléments de cette composition pris séparément, ne sont pas sans nous rappeler des éléments déjà vus dans les réalisations d’artistes aussi différents que pouvaient l'être David Teniers... et Salvador Dali !
Et puis, tout à coup, l’invraisemblable... l’inconcevable... l’inimaginable : l’étincelle... puis la lumière qui nous fait entrevoir une partie de la vérité… Cette scénette dont nous évoquions les similitudes de construction avec celle de Jérôme Bosch ; cette scénette prend tout à coup une dimension métaphysique : ne pourrait-elle pas être la sublime représentation iconographique de cette théosophie vieille comme le monde ? Celle du Retour aux sources ?... Aux sources du Nil (îles éléphantines) que matérialise le pachyderme de profil portant sur son dos la mère de l’humanité (Isis) et son enfant nouveau-né ! Dès lors, il suffit de se rapprocher de cette même scénette traitée par Jérôme Bosch pour constater qu’en modifiant quelques éléments signifiants (en remplaçant, par exemple, l’éléphant par un rat et le cheval (?) par une cruche), se perd du même coup le sens originel du grand Tout (le signifié) ; en privilégiant une forme incongrue et débridée, Jérôme Bosch masque le fond et brouille les cartes qui permettraient de trouver une cohérence inhérente à l’ensemble du sujet traité....
Et à présent, l’évidence est là... incontestable, inébranlable : cette miniature ne peut-être que l’Aïeule-de-tout-le-monde ; celle qui servit de support iconographique à toutes les versions suivantes, et qui inspira tous nos grands maîtres depuis la Renaissance... jusqu’au Surréalisme ; un chaînon manquant dont les siècles d’histoire de l’Art auraient progressivement oublié les racines spirituelles, et peu à peu travesti le message originel !
La problématique de cette Tentation de Saint-Antoine primitive étant maintenant résolue et acquise, il nous faut à présent bien reconnaître et admettre que toutes les variations sur le thème de la Tentation de Saint-Antoine que nous connaissions par ailleurs ne sont que de libres interprétations de cette version originelle ; réinterprétations largement influencées par la sensibilité des peintres et leur spiritualité... mais aussi sous l’influence extérieure des différents courants religieux qui ébranlèrent l’Eglise et des différents courants artistiques qui secouèrent l’histoire de l’Art, jusqu’à nos jours.
Article de Xavier de Harlay, exclusivité Exp'Art Consulting - Hiver 2006
11:50 Publié dans ARTICLE DE PRESSE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : antoine, egyptien, grand oeuvre, détrempe, panneau, leonardo, vinci, leonard, bosch, jheronimus, xavier, harlay
ANTOINE L'EGYPTIEN - ou le Grand Oeuvre - (4)
Le message d'Antoine, Le (trois fois) Grand
ou
Le Troisième Testament
Le sens originel - intelligible et cohérent - de la Tentation de Saint-Antoine nous est suggéré, au travers de cette miniature, sous une forme mnémonique. Procédé usité de l’époque, dont le décryptage restait le privilège d’une certaine élite intellectuelle d’initiés ; dès lors est-il facile de comprendre que le message authentique et métaphysique de cette représentation ait pu être aussi librement ré-interprété - pour ne pas dire travesti - au fil des siècles. Ce, jusqu'à n'en plus conserver la moindre once de vérité originelle. Ainsi nous est parvenu ce message d'éloge - manichéen et psycho-rigide - du surhomme pris en sandwich entre l’Oeuvre de Dieu et la part du Diable ; pire encore, ce message d'appel à la résistance contre le pêché mortel de la chair, où le chaste ascète affronte à mains nues - toutes griffes dehors - le spectre de la femme tentatrice !
Aux antipodes de ces Images d’Epinal, ce tableau doit être lu comme un authentique livre : LE Livre, devrait-on dire, - et plus précisément encore : Le Troisième Testament. Celui qui aurait du être - chronologiquement parlant - sous sa forme hermétique la plus primitive, le tout premier Testament de toute l’histoire de l’humanité. Car cette Tentation de Saint-Antoine dit Antoine Le (trois fois) Grand ou encore Antoine l’Egyptien) nous renvoie dans la Nuit des Temps depuis les théosophies héritée de l’Antiquité égyptienne, grecque, romaine et orientale jusqu’aux balbutiements du Christianisme naissant... La première génération de héros chrétiens s’illustra par ses martyres ; la deuxième s’illustra par ses anachorètes, dont saint Antoine fut le père. Sa légende repose sur les fondements de la Vita Antonii de saint Athanase, évêque d’Alexandrie - contemporain de saint Antoine - et se prolonge jusqu’au Moyen-âge dans la Legenda aurea de Jacques de Voragine, archevêque de Gênes. Difficile néanmoins de rapprocher le discours évangélique de saint Antoine qui nous est parvenu au travers de la Voie des Pères du désert - inspirée de quelques lettres, règles et sermons retranscrits dans la Patrologie grecque de Migne - de celui du discours guerrier de ses biographes. A leur corps défendant, on ne peut décemment pas reprocher à une religion qui vient de traverser les pires persécutions, de vouloir - maintenant que, pour elle, les Temps sont plus cléments, trop cléments même - se fabriquer des héros-guerriers du désert à la mesure des héros-martyres des arènes de naguère ; mais on peut néanmoins reprocher à l’Eglise d’avoir conçue et malicieusement entretenue l’idée de l’existence de la présence réelle de démons tentateurs envoyés par le Diable puis par Dieu, lui-même, pour mettre à l’épreuve ses fils : mais la vraie question n’est elle pas de se demander s’il n’est pas beaucoup plus facile ainsi de contrôler ses ouailles, en les maintenant sous la menace virtuelle de forces du Mal extra-terrestres et en leur vendant des Indulgences censées leur assurer quarante jours en moins de Purgatoire ? Mais tel n’est il pas le jeu de toute Entreprise de pouvoir et d’argent ? Telle est peut-être l’explication possible du glissement - sous l’emprise du pouvoir croissant exercé par l’Eglise sur les consciences - du thème de la Tentation de Saint-Antoine, théosophie syncrétiste de l’homme-Dieu face à lui-même, - vers celui de l’homme de Dieu face aux péchés capitaux de la tentation exercée par la volonté du Diable, pour les uns, de Dieu, pour les autres… si violemment contrôlés par l’Eglise aux pires heures de l’Inquisition !
Ici, saint Antoine est le philosophe, l'alchimiste, l'aiëul-de-tout-le-monde, le vieil homme représenté dans une configuration de Triade qui n’est pas sans nous rappeler mystérieusement les représentations égyptiennes de Pharaon encadré par Anubis et Horus ; le parcours initiatique se poursuit sur la droite, suivant le fil conducteur de la cosmogonie syncrétiste que symbolise le mythe de Léda et des Dioscures : l’homme nouveau nait de l’union du Ciel (Abraxas ou Zeus-Jupiter métamorphosé en cygne) et de la Terre (Léda sous les apparences d’une guenon menstruée, allongée sur le dos) ; la dualité de l’homme est ici incarnée par l’androgynie du couple Castor/Hélène né du premier œuf et celle du couple Pollux/Clytemnestre né du deuxième œuf ; l’autre facette de cette dualité est incarnée par l’immortalité de Castor tandis que Pollux est, lui, simple mortel : l’homme nouveau recèle en lui-même une part de divinité qu’il lui faut retrouver ; il lui faut revenir aux sources ; aux temps immémoriaux de l’Âge d’Or de l’homme-Dieu. La scène située légèrement au-dessus sur la droite se déroule au milieu des eaux rouges du Nil : c’est le Retour aux sources, à proprement parler ; l’épervier - fauconnier - de dos, sur son cheval (?) - figure précurseur du Pégase mythologique - tenant un ibis sur son poing, annonce les phases volatiles, dites de dissolution ( Solve et coagula), de l’œuvre : l’âme et l’esprit divin s’élèvent vers l’arbre de la connaissance/arbre de vie (l’olivier consacré à Athéna). L’arbre du monde syncrétiste, l'arbre des philosophes que l’on distingue entre les deux minarets ; ces deux oiseaux ne sont pas non plus sans rappeler le ba et le ahk du Livre des morts égyptien, mais aussi le dieu solaire Râ et Thot (Atoum-Rê), le démiurge Seigneur de la Lune et Maître du Monde - alias Hermès trismégiste, le messager, de la mythologie grecque - de la cosmogonie égyptienne. D’ailleurs, la forme géométrique de l’épervier-fauconnier ne nous ramène-t-elle pas à l’ankh des dieux et des rois de l’ancienne Egypte ? Ne nous ramène elle pas aussi au thav (le nom et la signature de Dieu), dernière lettre de l’alphabet sémitique - et à son dérivé homonyme le tau de l’alphabet grec - croix mystique surmontée d’une fleur de chardon (fleur de lotus ?), évocatrice de la couronne christique ? De plus, si l’on considère la forme géométrique de l’ibis comme la base sémantique de l’aleph, première lettre de l’alphabet sémitique - et de son dérivé homonyme l’alpha de l’alphabet grec - n’a-t-on pas ici même la parfaite illustration de la parole de Dieu : - « C’est par la dernière lettre que vous pourrez pénétrer dans la première, - c'est-à-dire dans le domaine divin d’avant la création elle-même » (Dans le Silence d’Aleph, - Claude Vigée) ? L’ensemble de cette scène (épervier-fauconnier et femme-souche tenant dans ses bras un nouveau-né emmailloté) n’est-elle pas l’image iconographique originelle de ce que l’Eglise assimilera par la suite au Mystère de l’Annonciation (l’Ange Gabriel, messager de Dieu, annonçant à Marie l’incarnation de son Dieu dans l’enfant qu’elle porte déjà en son sein : le Christ-quintessence ou Pierre philosophale) mais également à la représentation picturale chrétienne de la Fuite en Egypte où classiquement l’on pourra voir l’Ange, messager de Dieu, annonçant à Marie le danger encouru, et Marie fuyant à dos d’âne - tenant l’enfant Jésus emmailloté dans ses bras - représentée se reposant sous un arbre ?!
Article de Xavier de Harlay, exclusivité Exp'Art Consulting - Hiver 2006
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ANTOINE L'EGYPTIEN - ou le Grand Oeuvre - (5)
Plus haut, sur la droite, dans l’entrebâillement de la porte du minaret : un crapaud, annonçant les phase de coagulation (Solve et Coagula), - figure précurseur de l’Homoncule-crapaud des alchimistes dits opératifs et autres souffleurs. Le casque symbolise la colline primitive émergée des eaux primordiales : c’est aussi l’emblème d’Athéna, la déesse grecque de la sagesse (cf. la petite chouette nichée au dessus du casque) et de l’intelligence ; c’est ici le ventre de la mère - la matrice - où se déroule la gestation ; Hathor, protectrice des morts, déesse égyptienne de la renaissance ; Amalthée, chèvre (que l’on aperçoit à l’intérieur du casque) qui dans la mythologie fut la nourrice de Zeus-Jupiter ; Athéna-Amalthée-Hator font l’Athanor : four opératoire des alchimistes. Sur fond de combustion ( La Jérusalem céleste, décrite comme un quadrilatère pourvue de onze portes, sur laquelle se dresse l’échelle de la connaissance - échelle de Jacob - et qui n’est pas sans rappeler la forteresse dans laquelle il est dit que saint Antoine passa vingt années de sa vie), le Grand Œuvre se poursuit : du ventre de la matrice, empruntant la voie céleste matérialisée par un pont-levis couleur d’azur, sortent diverse créatures toutes droit sorti du panthéon des divinités égyptiennes - dites chtoniennes - du Livre des morts ; certaines ont mêmes des allures de chiroptère, griffon, quetzalcoatl et autres chimères héritées de la mythologie des diverses civilisations antiques du berceau de l’humanité. Enfin, la Corne d’abondance annonce le terme du voyage initiatique ; le disque réflecteur (bouclier d’Athéna ?) - tenu à deux mains par un daimon ailé - nous renvoie au disque d’argent devant lequel Saint Antoine - alors dans le désert - passa sans s’arrêter, suivant le récit de la Légende dorée de Jacques de Voragine; l’ alchimiste-cornue-cucurbitacée, tenant d’une main le rameau d’or et de l’autre le creuset alchimique où s’opère la transmutation de l’or, nous renvoie au tas d’or devant lequel - toujours selon Jacques de Voragine - saint Antoine passa également sans s’attarder. Les créatures de l’œuvre deviendront les daimons de la pierre brute, les aspérités de l’esprit que l’homme doit identifier - afin de les maîtriser, les ordonner et les gommer - pour atteindre la part divine qu’il possède en lui ; ces daimons seront autant d’incarnations du Mal - tentateurs et tentatrices - contre lesquels l’Eglise mettra ses ouailles en Guerre Sainte… et voilà comment naquirent toutes les figures de l’Enfer incarnées sur Terre : Dragons, Serpents, Diables,Vampires et autres chimères de la pire espèce !
Ainsi s’achève le survol rapide de cette miniature - à priori, inoffensive et insignifiante - et qui pourtant recèle un trésor intellectuel et spirituel à faire pâlir les Manuscrits de la mer Morte des Esséniens de Qumràn : le message mnémonique d’une théosophie syncrétiste qui influença aussi bien l’Orient que l’Occident, imprégnant de sa spiritualité originelle les bases mêmes de notre culture judéo-chrétienne - remixée à la sauce des différents courants qui secouèrent l’Eglise durant plus de vingt siècles jusqu’à nos jours - mais aussi celles des courants philosophiques tels que le Bouddhisme ou carrément ésotériques tels que le tantrisme et l’anthroposophie ; elle est aussi le fondement du gnosticisme et de sociétés secrètes tels que les Rose-croix ou les Francs-maçons ; l’alchimie intérieure et opératoire laissa dans l’histoire de l’Humanité des noms aussi prestigieux que ceux de Lull, Pic de la Mirandole, Flamel, Paracelse et Blake, plus récemment encore, Fulcanelli, Swedenborg, Steiner, Guénon et Dürckeim ; elle est encore à l’origine des plus grands succès planétaires - littéraires et cinématographiques - de ces trente dernières années : Le Seigneur des Anneaux de J.R.Tolkien, L’Alchimiste de P.Coehlo, A la Croisée des Mondes de P.Pulman et, enfin, Les Aventures d’Harry Potter de J.K.Rowling …
Au-delà de son message spirituel, cette iconographie a également laissé des traces - plus ou moins visibles - dans toutes les représentations picturales réalisées par les plus grands maîtres de ces cinq derniers siècles, sur ce thème sorti tout droit de la cosmogonie primitive de l’Humanité : l’Alchimie intérieure ; C’est bien l’avènement de l’ Homme-Dieu, incarné par Antoine l’Egyptien, l’HermèsTrismègiste - sous les traits messianiques de saint Antoine Le (trois fois) Grand - dont la mnémonique originelle a été peu à peu travestie, de mains en mains et de fils en aiguilles, au fil des siècles de l’Histoire de l’Art.
FIN de l'article
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08 septembre 2006
CATALOGUE 2009-2010
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1. " VETUDA DEL TEMPIO DETTO DELLA CONCORDIA "
- Cavalier Piranesi F., v. 1745/46
Eau-forte
46 x 69 cm
filigrane fleur-de-lyssé
Expert : Xavier de Harlay
Prix sur demande
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2. " GABRIELLE d'ESTREES "
- Jules Jean Vialle, 1883
(atelier de Dominique Grenet)
Plaque en barbotine colorée sur terre cuite, Gien - France
80 X 60 cm
Expert : Xavier de Harlay
Prix sur demande
& plus d'infos ?
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3. " L'ENFANT & LA POUPEE "
- Théodore Chassériau, 1836
Huile sur toile
79 x 57 cm
Expert : Xavier de Harlay
Cf. Communiqué de presse de l'Association des amis du peintre Théodore Chassériau
Prix sur demande
& plus d'infos ?
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4. " CHARLES 1er, ROY d'ANGLETERRE, d'ECOSSE & d'IRLANDE "
- Daniel Mytens & Antoon van Dyck (attribué à-), c. 1630
Huile sur toile
66 x 57 cm
Expert : Xavier de Harlay
Prix sur demande
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5. " LA TENTATION de SAINT-ANTOINE " (ou " LE GRAND OEUVRE ")
- Leonardo da Vinci & Jheronimus Bosch, c. 1500
Détrempe et huile (?) sur bois de chêne,
28 x 36 cm
Expert : Xavier de Harlay
Prix sur demande
& plus d'infos ?
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6. " LA DERNIERE CENE "
- Leonardo da Vinci en son atelier (attribué à -), c. 1495
Huile sur toile
160 x 330 cm
Expert : Xavier de Harlay
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14:25 Publié dans CATALOGUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : piranèse, vialle, grenet, chassériau, mytens, van dyck, leonardo, leonard, de vinci, da vinci, jerome bosch, jheronimus, xavier de harlay

















